Le fascinant château de Sedan : un choix surprenant qui éveille la curiosité


#ChâteauDeSedan #Histoire #MonumentPréféré #TourismeHistorique #Culture #Défaites #Sedan #France #Allemagne #Guerres #Caricature #Désastre #Armée #Empire #République #Stratégie #Bazaine #Capitulation #Bellevue #CampsDePrisonniers #Invasion #Wehrmacht #Ardennes #Blindés #LigneMaginot #Bataille #Détention #CampDeMisère #Prise #Destruction #Morts #Victoire #Défaite #Hommage #Tourisme #Passé #Revolution #LouisXIII #Espagnols #Trafalgar #Waterloo #Patrimoine

Le château de Sedan, un choix étonnant pour le monument préféré des Français

Le château de Sedan, cette imposante citadelle associée aux trois défaites majeures de la France face à l’Allemagne en 1870, 1914 et 1940, a été choisi comme le monument préféré des Français en 2023 lors de l’émission de Stéphane Bern. Ce choix historiquement surprenant suscite l’intérêt et l’interrogation quant à la signification symbolique de ce monument chargé d’histoire.

Après la capitulation de 1870, les alentours de Sedan ont été transformés en un immense camp de prisonniers où plus de 80 000 soldats français ont été maltraités, certains perdant la vie. Durant la Première Guerre mondiale, la citadelle est devenue un lieu de détention pour les soldats français et une base d’instruction pour les officiers allemands comme Heinz Guderian. Elle a également été le témoin de l’offensive allemande de 1940, connue sous le nom de « percée de Sedan », qui a marqué le début de la défaite française.

Malgré ces défaites historiques, le château de Sedan a su prendre le tournant du tourisme historique et est devenu un lieu incontournable à visiter, notamment grâce à sa proximité avec la magnifique forêt des Ardennes. Ce choix pourrait être interprété comme un hommage rendu aux nombreux morts de ces conflits et comme un moyen de tourner définitivement la page de ces guerres. Il soulève également des questions sur la prédominance du tourisme sur l’Histoire elle-même.

Pourtant, le château de Sedan a également une histoire riche antérieure à ces défaites. Il a été le théâtre de la sédition des grands du royaume contre Paris à la fin du règne de Louis XIII. C’est dans cette citadelle que fut conçu le piège ourdi par le comte de Soissons et le prince de Bouillon, qui a infligé une défaite dramatique à l’armée française et qui a marqué la mise au pas de Sedan dans le giron français.

Au-delà de ses défaites historiques, le château de Sedan représente donc un véritable Waterloo de pierre, en rappelant les affrontements tragiques ayant marqué l’histoire de France. Ce choix télévisuel des Français pour leur monument préféré reflète peut-être le besoin de préserver et de commémorer leur passé, en reconnaissant à la fois les échecs et les victoires qui ont forgé l’identité nationale.


Une célèbre caricature d’Honoré Daumier montrait un casque à pointe écrasant l’immense citadelle de Sedan. C’était le désastre de l’armée française prise au piège par une coalition d’États allemands – dont de nombreux soldats bavarois –, le 1er septembre 1870, qui allait sonner le glas du second Empire trois jours plus tard et permettre la proclamation de la IIIe République. Les errances stratégiques d’un Mac Mahon, les retards, les hésitations donnent le coup de grâce à une France déjà affaiblie par la décision de Bazaine de s’enfermer dans Metz.

Napoléon III, dont l’ennemi ignorait la présence dans la ville de Sedan, sort alors du bois, se propose comme prisonnier et s’en va signer une capitulation sans condition dans le château de Bellevue, tout près de Sedan.

Trois défaites

C’est cette immense citadelle sedanaise que les Français viennent d’élire en 2023 comme leur monument préféré dans l’émission de Stéphane Bern. Un choix historiquement surprenant tant le lieu est associé aux trois défaites françaises majeures face à l’Allemagne, en 1870, mais aussi en 1914 et en 1940.

Après la capitulation de 1870, les alentours de Sedan furent même transformés en un immense camp de prisonniers improvisé sur la presqu’île d’Iges pour plus de 80 000 soldats français maltraités, plusieurs milliers d’entre eux perdant la vie au cours du mois de l’automne 1870 dans ce « camp de la misère ». Un épisode jadis très relayé par les journaux français mais aujourd’hui tombé dans l’oubli.

À LIRE AUSSI Et la Première Guerre mondiale effaça l’humiliation de Sedan…

Un lieu de détention pour les soldats français

La France a beau avoir démantelé le lacis de ces murailles porte-malheur, en août 1914, la prise de Sedan et de son château par les Allemands viendra sanctionner un début de guerre catastrophique pour les alliés. Cette « bataille des Ardennes », marquée par les pertes les plus élevées jamais enregistrées par l’armée française dans son histoire – plus de 20 000 morts par jour en Belgique –, sera le prélude à l’offensive allemande vers la Marne.

À LIRE AUSSI 4 septembre 1914 : Gallieni sauve la patrie !

La citadelle, aux mains des Allemands jusqu’en 1918, deviendra un lieu de détention pour les soldats français, en même temps qu’un lieu d’instruction à l’arrière pour les jeunes officiers allemands, notamment un certain Heinz Guderian, qui acquerront ainsi une connaissance parfaite du terrain et des alentours, 25 ans plus tard, bien utile pour organiser les journées fatidiques de mai 1940 et le plan jaune de la Wehrmacht.

En 1940, « la percée de Sedan »

L’offensive lancée vers Sedan le 10 mai 1940 sera le symbole de l’impasse stratégique des Français qui estimaient les Ardennes infranchissables par les blindés de la Wehrmacht. Aucun ouvrage de la ligne Maginot ne défend à cet endroit la France et le haut commandement est convaincu que ce 10 mai, l’attaque sur Sedan, pourtant pilonnée par un terrible bombardement aérien, est un leurre, que l’essentiel de l’offensive allemande sera porté ailleurs.

À LIRE AUSSI « Comme en 40… » : le goût amer de la défaite

Une erreur funeste. Ce qui va entrer dans l’histoire comme « la percée de Sedan » fait voler en éclats le dispositif allié dès le 14 mai. L’erreur ne pourra plus être rattrapée. Belote, rebelote et dix de der pour les « Boches ». André Dhôtel avait consacré en mythe littéraire les Ardennes dans son chef-d’œuvre, le pays où l’on n’arrive jamais. Sedan, et sa citadelle militaire, est la ville où l’on ne gagne jamais. Il y a une fatalité sedanaise, une récurrence dans l’échec. Sedan porte le triple deuil de la France. Elle devient définitivement synonyme de l’enfer, de route de l’invasion, de talon d’Achille et de désastre fatal au pays.

Un Waterloo de pierre

C’est pourtant ce lieu, certes impressionnant, majestueux, immense, avec ses 35 000 mètres carrés de salles qui dominent la Meuse, que les téléspectateurs français ont retenu. Faut-il y voir un hommage à tous ces morts, au-delà des résultats militaires ? Un besoin, à l’heure européenne, près de 80 ans après le dernier conflit, de tourner définitivement la page de la guerre avec l’ennemi héréditaire, quitte à embrasser cette Alésia moderne ? Une envie de distinguer un site qui a su prendre le tournant du tourisme historique à deux pas de la magnifique forêt des Ardennes ? Est-ce le symptôme de ce tourisme qui prend le pas sur l’Histoire elle-même ?

Il n’en reste pas moins que les lieux ont un passé, retracé du reste au sein de la citadelle, et que ce plébiscite revient presque à choisir un Waterloo de pierre ou un Trafalgar des forêts.

Si l’on voulait remonter dans le temps, on pourrait aussi remarquer que cette citadelle, située longtemps à cheval entre des terres françaises et germaniques, d’où sa situation stratégique, fut à la fin du règne de Louis XIII le cœur de la sédition des grands du royaume contre Paris. C’est dans cette citadelle que fut conçu le piège ourdi par le comte de Soissons et le prince de Bouillon, frère du maréchal Turenne, seigneur de la principauté de Sedan, pour attirer les Français sur le plateau voisin de la Marfée. Ils parviendront à infliger à leurs compatriotes une défaite dramatique pour le pouvoir royal, qui n’avait jusque-là jamais été vaincu par les Espagnols, l’ennemi d’alors.

Certes, c’est la revanche de Louis XIII, qui un an plus tard parvient à prendre d’assaut la citadelle de Sedan, qui marquera sa mise au pas et l’entrée définitive de la principauté dans le giron français. Mais on doute que ce soit cet épisode qui a dicté le choix télévisuel des Français.

À LIRE AUSSI 1870 : la hantise du déclin français


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *