Critique de Vue depuis le pont – Un regard neuf sur une tragédie élémentaire | Théâtre


#Critique: A View from the Bridge – un regard frais sur une tragédie élémentaire
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Dans sa production captivante pour Headlong et ses partenaires, Holly Race Roughan offre un regard neuf sur « A View from the Bridge » d’Arthur Miller. Si Miller n’avait pas été là avant, on pourrait qualifier cette pièce de creuset. C’est du moins ainsi que cela se ressent sur le décor noir huileux de Moi Tran, surplombé d’un passage en bois semblable à un couloir indiscret de tribunal. La réalisatrice crée des conditions de laboratoire pour une collision de forces élémentaires.

Dans cette tragédie de tous les jours sur Eddie Carbone, un docker de Brooklyn dont les sentiments inappropriés pour sa nièce conduisent à une trahison envers sa famille élargie, Miller évoque des passions primordiales. Le dramaturge pensait à l’inéluctabilité archétypale de la tragédie grecque ainsi qu’à l’inviolabilité des codes d’honneur siciliens. Juxtaposées aux subtilités de la justice américaine, ces forces anciennes semblent sauvages et indomptables, la logique émotionnelle portant un pouvoir plus grand que la voix tranquille de la raison.

Avec un espace dégagé de tout, à l’exception de quelques chaises et de quelques tourne-disques, Race Roughan libère ces passions. Surtout dans la première partie, elle joue la pièce comme un accordéon, une séquence dynamique de scènes domestiques affectueuses ponctuée de bouffées d’énergie et de moments de calme. Elle nous permet de redécouvrir ce texte classique.

Nancy Crane donne le tempo en tant qu’avocate Alfieri, délivrant son prologue tel un choeur avec une aisance conversationnelle. Le superbe trio formé de Jonathan Slinger, Kirsty Bushell et Rachelle Diedericks dans les rôles d’Eddie, de sa femme Beatrice et de sa nièce Catherine, utilise l’espace avec liberté et fluidité, donnant l’impression qu’ils n’ont jamais lu la fin de la pièce. La chute ultérieure d’Eddie de la grâce est d’autant plus tragique en raison de la vie de famille aimante qu’il a perdue.

L’arrivée des « sous-marins » Marco et Rodolpho (Tommy Sim’aan et Luke Newberry) perturbe l’équilibre, mais le respect de ces immigrants clandestins envers Eddie n’est pas moins grand que l’affection montrée par Catherine. Leur seul crime est d’être au mauvais endroit au mauvais moment.

Si l’ajout d’un docker en pirouette en fait peut-être un peu trop dans une dimension homoérotique, le travail méticuleux posé dans la première moitié de la pièce porte ses fruits à mesure que la pièce se précipite vers sa conclusion. La véritable tragédie réside dans le dilemme inextricable auquel sont confrontées Beatrice et Catherine, qui aiment un homme sans espoir de salut.

Au Théâtre Octagon, à Bolton, jusqu’au 30 septembre. Puis en tournée jusqu’au 11 novembre.

If Arthur Miller had not got there first, you might call this play a crucible. Certainly that is how it feels in Holly Race Roughan’s thrilling production for Headlong and partners. On Moi Tran’s oily black set, overlooked by a wood-panelled walkway like a prying courthouse corridor, the director creates laboratory conditions for a collision of elemental forces.

In this everyman tragedy about Eddie Carbone, a Brooklyn longshoreman whose inappropriate feelings for his niece lead to a betrayal of his extended family, Miller evoked primal passions. The playwright was thinking of the archetypal inevitability of Greek drama as well as the inviolability of Sicilian codes of honour. Juxtaposed with the niceties of US justice, these ancient forces seem wild and untameable, emotional logic carrying a power greater than the quiet voice of reason.

With the space cleared of everything but the odd chair and a couple of record players, Race Roughan liberates those passions. In the early part especially, she plays the drama like an accordion, a dynamic sequence of affectionate domestic scenes punctuated by bursts of energy and moments of calm. She lets us hear this set-text favourite afresh.

Jonathan Slinger holds onto a rail and looks at Kirsty Bushell, who is wearing an overcoat
Intractable dilemma … Slinger with Kirsty Bushell as Beatrice. Photograph: The Other Richard

Nancy Crane sets the pace as the lawyer Alfieri, delivering her chorus-like prologue with an easy conversational air. The tremendous trio of Jonathan Slinger, Kirsty Bushell and Rachelle Diedericks as Eddie, wife Beatrice and niece Catherine make free and fluid use of the space, their fondness for each other giving every impression that they have never read to the end of the play. Eddie’s subsequent fall from grace is all the more tragic because of the loving home life he has lost.

The arrival of “submarines” Marco and Rodolpho (Tommy Sim’aan and Luke Newberry) upsets the balance, yet the respect of these illegal immigrants for Eddie is no less than the affection shown by Catherine. Their only crime is to be in the wrong place at the wrong time.

If the addition of a pirouetting docker over-eggs the homoerotic pudding, the careful work laid down in the first half pays dividends as the play hurtles towards its ending. The true tragedy is in the intractable dilemma faced by Beatrice and Catherine for loving a man who is beyond salvation.

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