J.-F. Huchet (Inalco) : « Notre quête d’une position clé au sein de la stratégie européenne »


Le directeur de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), Jean-François Huchet, a récemment partagé sa vision pour l’avenir de cet établissement prestigieux. Dans une interview récente, il a souligné la volonté de l’Inalco de jouer un rôle central dans la stratégie européenne.

L’Inalco se démarque par sa diversité linguistique. Avec près de 103 langues et aires géographiques enseignées, il est considéré comme l’université européenne offrant la plus grande variété de langues. Cela inclut des langues considérées comme rares, telles que l’ukrainien, le birman, le sahelien et le telugu. En tant qu’institution vieille de plus de 200 ans, l’Inalco propose également des formations en commerce international, traduction, linguistique et communication interculturelle.

Dans le paysage de l’enseignement supérieur français, l’Inalco se distingue par son enseignement de langues rares. Cette capacité à maintenir la biodiversité des langues et des civilisations est d’une importance cruciale, en particulier en période de crises internationales. L’Inalco est également une institution de recherche avec 14 laboratoires dédiés à l’étude des langues et des cultures.

Au niveau national, l’Inalco fait partie de l’alliance Sorbonne Paris Cité, aux côtés d’autres grandes institutions telles que Sciences Po. L’université entretient également des liens forts avec des partenaires historiques locaux tels que l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et l’École pratique des hautes études (EPHE).

À l’international, l’Inalco est membre de l’alliance universitaire européenne « EUniWell », qui regroupe 11 universités européennes. Cette alliance a pour objectif de promouvoir le bien-être à travers des initiatives dans les domaines de la formation, de la recherche et de l’innovation. L’Inalco jouera un rôle clé dans ces efforts, en apportant son expertise en matière de multilinguisme et de bien-être international.

Parmi les défis qui attendent l’Inalco dans les années à venir, le maintien de la biodiversité dans l’enseignement et la recherche sur les aires géographiques est essentiel. La recherche de haut niveau sur des pays qui se referment, tels que la Russie, la Chine, l’Iran et la Birmanie, sera également un défi majeur. Enfin, l’Inalco devra faire face aux enjeux liés à l’intelligence artificielle, en lien avec la géopolitique mondiale, la guerre cognitive, les fake news et les données.

La Fondation Inalco, créée il y a deux ans, représente un outil essentiel pour le soutien financier de l’Inalco. Cette fondation permet de mener des projets novateurs et de renforcer la visibilité de l’établissement. Grâce à la fondation, l’Inalco a récemment bénéficié de financements pour renforcer la formation continue et développer le mécénat.

Enfin, en tant que vice-président de la commission internationale de France Universités, Jean-François Huchet a été chargé de développer le rôle de cette organisation en matière de coordination de la politique internationale française. Son objectif est de créer des outils de coordination et de partenariats stratégiques, en s’inspirant des bonnes pratiques européennes.

En résumé, l’Inalco aspire à se placer au cœur de la stratégie européenne en maintenant sa diversité linguistique et en développant des partenariats avec d’autres universités européennes. L’établissement travaille à résoudre les défis posés par la recherche sur des pays fermés, l’intelligence artificielle et la préservation de la biodiversité linguistique. En collaborant avec la Fondation Inalco et France Universités, l’Inalco vise à renforcer sa visibilité et à assurer une meilleure coordination de sa politique internationale. #Inalco #LanguesetCivilisationsOrientales #BiodiversitéLinguistique #StratégieEuropéenne

Directeur de l’Institut national des langues et civilisations orientales depuis 2019, l’économiste spécialiste de la Chine dresse les grands enjeux de demain pour ce que l’on appelait autrefois les « Langues O’ ». Il revient également sur la mission de stratégie internationale que lui a récemment confiée France universités.

Jean-François Huchet, directeur de l'Inalco
Jean-François Huchet, directeur de l’Inalco © Sarah Witt



Quelles sont les spécificités de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) ?

Nous dispensons une formation sur près de 103 langues et aires géographiques, ce qui fait de l’Inalco l’université d’Europe qui a la plus grande diversité en la matière.

Nous sommes une vieille institution, créée en 1795, qui propose des formations en Langues, littérature et civilisations étrangères et régionales (LLCER) mais aussi en relations internationales, en commerce international, en traduction, en linguistique, en traitement automatique des langues et en communication interculturelle.

Quelle est la place de l’établissement dans le paysage de l’enseignement supérieur français ?

Ce qui fait la place spéciale et unique de l’Inalco, c’est notre enseignement de langues dites rares. Nous sommes aujourd’hui les seuls à enseigner la langue ukrainienne, par exemple.

Au détour de crises internationales, on se rend compte qu’il est important de maintenir cette biodiversité des langues et civilisations.

Au détour de crises internationales, on se rend compte qu’il est important de maintenir cette biodiversité des langues et civilisations. Nous enseignons aussi les langues du Sahel, la langue birmane, le Telugu, parlé en Inde, etc.

En plus de la formation, l’Inalco est aussi une université de recherche, qui comprend 14 laboratoires.

Quels sont vos partenaires académiques en France ?

L’Inalco fait partie de l’alliance Sorbonne Paris Cité, avec l’université Paris-Cité, Sciences Po, l’université Paris Nord et l’Institut national d’études démographiques (Ined).

Nous maintenons aussi des liens forts avec nos partenaires historiques locaux comme l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et l’École pratique des hautes études (EPHE).

Et à l’international ?

Nous venons d’intégrer, au printemps dernier, une alliance universitaire européenne, « EUniWell », renouvelée pour quatre ans. Cette alliance compte 11 universités européennes – dont les universités de Birmingham au Royaume-Uni, de Cologne en Allemagne ou encore de Florence en Italie.

Nous travaillons ensemble dans les domaines de la formation, la recherche et l’innovation autour de la thématique du bien-être.

L’Inalco va jouer un rôle sur nos thématiques que sont le multilinguisme, le bien être à l’échelle internationale sur des questions d’environnement, de santé, etc.

Nous créons un institut européen des langues rares pour y développer entre autres des certifications de langues.

Nous cherchons à nous placer au cœur de la stratégie européenne, notamment en créant un institut européen des langues rares, pour y développer entre autres des certifications de langues, qui n’existent pas pour l’heure.

Quels grands défis attendent l’Inalco dans les années à venir ?

Il y en a plusieurs. À commencer par le maintien de la biodiversité dans l’enseignement et la recherche sur les aires géographiques. Nous considérons que c’est un rôle très important que de maintenir cette diversité grâce, notamment, à l’emploi de méthodes issues du numériques qui nous permet d’élargir nos publics.

Un autre défi majeur sera de maintenir la recherche de haut niveau sur des pays qui se referment, comme la Russie, la Chine, l’Iran, la Birmanie. Même dans des pays dits plus démocratiques, il est de plus en plus difficile de faire de la recherche libre, comme en Inde ou en Indonésie.

Enfin, il y a bien sûr la question de l’intelligence artificielle, en lien avec la géopolitique mondiale, la guerre cognitive, les fake news et les data.

Quels sont les objectifs de la Fondation Inalco, créée il y a deux ans ?

Il s’agit de notre outil principal pour le mécénat et la recherche de financements complémentaires, privés comme publics. Elle nous permet également de mener des projets novateurs, comme un programme que nous avons créé après la fermeture de l’Afghanistan, sur la question des arts et du patrimoine du pays.

La fondation participe également au renforcement de la visibilité de l’Inalco. Nous venons, par ailleurs, d’être bénéficiaires de l’appel à projets Accélération des stratégies de développement des établissements d’enseignement supérieur et de recherche (ASDESR), retenu sur deux thématiques : le renforcement de la formation continue et celui du mécénat.

Vous assurez la vice-présidence de la commission internationale de France Universités. En quoi consiste la mission qui vous a été confiée en mai par l’organisation ?

Elle vise à développer le rôle joué par France Universités en matière de conseil et de coordination de la politique internationale à l’échelle de la France.

Il ne s’agit pas de s’immiscer dans les stratégies internationales des universités, mais plutôt de faire en sorte que la coordination se passe mieux, de construire des outils pour recenser des partenariats stratégiques, d’avoir une cartographie plus claire de ce qui se fait à l’international, d’assurer une meilleure coordination avec les organismes nationaux de recherche.

J’ai un an pour conduire cette mission : faire des comparaisons avec des politiques qui ont été développées à l’échelle européenne, voir quelles sont les bonnes pratiques et régier des propositions.

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