Découvrez le mystérieux « médicane », ce phénomène météorologique à l’origine de la catastrophe !


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Couvertes de boue, de détritus et jonchées de corps sans vie, les rues de Derna sont méconnaissables. Dans cette ville de 100.000 habitants, sur la côte nord-est de la Libye, ce n’est pas seulement la tempête Daniel qui s’est abattue avec violence, mais aussi les eaux de deux barrages qui ont cédé sous l’excédent de pluies. Le lien entre ces deux événements météorologiques est un « médicane », un phénomène météo dont les conséquences sont dévastatrices.

Quelle est la différence entre une tempête et un médicane ? Est-ce qu’une telle intensité du phénomène est normale ? Faut-il craindre plus de médicanes violents à l’heure du changement climatique ? 20 Minutes fait le point avec Sabrina Speich, professeure de géoscience à l’ENS de Paris.

Tout dépend de la force de l’intensité des vents. En se basant sur l’échelle de Beaufort, une tempête correspond à une dépression accompagnée de vents compris entre 89 et 102 km/h, avec des rafales qui dépassent 110 km/h, selon Météo-France. Mais quand cette tempête passe au-dessus d’une Méditerranée chaude, l’air se réchauffe, par convection et par évaporation, décrypte la professeure de géosciences. Or, plus l’eau de la Méditerranée est chaude, plus elle a une grande quantité d’énergie.

Et quand, une fois montée dans l’atmosphère, la vapeur d’eau devient gouttelettes, elle relâche de l’énergie, détaille-t-elle. On se retrouve avec des tempêtes plus énergiques et plus précipitantes, d’où l’idée d’une tempête qui se serait rechargée au-dessus de la mer. Cette année, la Méditerranée a été cinq degrés plus chaude que d’habitude pendant plusieurs mois, expose la spécialiste des océans. Et dans le cas de la tempête Daniel, il y a eu un apport d’air froid des Balkans qui a créé une situation cyclonique tout en repoussant la dépression vers la mer chaude.

D’abord la Grèce, puis une remontée vers le nord-est et le littoral de la mer Noire en Bulgarie, pour redescendre vers la Turquie avant de traverser la Méditerranée vers le sud. La tempête Daniel a parcouru du chemin avant de fondre sur Derna. Une tempête, ça se déplace, pose d’emblée Sabrina Speich. Mais ce qui n’est pas classique, c’est cette forte intensification de la perturbation, qui, après avoir été alimentée par l’air des Balkans, s’est chargée en eaux précipitantes lors de son trajet au-dessus de la Méditerranée.

Le régime de précipitations en train de changer, observe l’experte des océans. La Méditerranée est un bassin d’évaporation, ce qui limite généralement les précipitations sur ses côtes l’été, explique-t-elle, mais si les précipitations sont moins importantes sur l’année, les précipitations extrêmes augmentent en fréquence au fil des ans. Un phénomène clairement relié au changement climatique pour la professeure de géosciences.

Parmi la cascade de records de températures battus tout au long de l’été, celui-là est passé presque inaperçu. Les 28,71 °C atteints fin juillet dans les eaux de la Méditerranée confirment pourtant une inquiétante tendance de fond : la mer du Milieu se réchauffe rapidement. Et elle va encore se réchauffer, prévient Sabrina Speich, rendant les médicanes encore plus intenses et peut-être plus fréquents. Cette tendance avait été projetée et on l’observe, souligne-t-elle. Pire, si les tempêtes prennent en force à un rythme graduel normalement, ces dernières années on a vu une augmentation de l’intensité très rapide lors de certains épisodes.

Problème : les modèles ont du mal à suivre face à cet emballement, alors que les prévisions sont la clé pour mettre en place des politiques d’adaptation et des réponses efficaces en cas de catastrophes. Une piste d’amélioration serait d’intégrer plus de données issues des océans dans les modèles, mais ces observations ne sont pas financées par l’État aujourd’hui. Plus largement, les Etats doivent agir de manière intense et rapide pour les émissions de CO2 et limiter le réchauffement climatique. Il faut mettre en œuvre un changement structurel, martèle la spécialiste des océans.

Source : 20 Minutes

Couvertes de boue, de détritus et jonchées de corps sans vie, les rues de Derna sont méconnaissables. Dans cette ville de 100.000 habitants, sur la côte nord-est de la Libye, ce n’est pas seulement la tempête Daniel qui s’est abattue avec violence, mais aussi les eaux de deux barrages qui ont cédé sous l’excédent de pluies. Le phénomène météorologique qui a touché la Libye n’était plus la tempête qui a touché la Grèce et la Turquie ; en franchissant la Méditerranée, elle est devenue ce que les experts météo appellent un médicane, une contraction de Méditerranée et « hurricane » (ouragan, en anglais).

Quelle est la différence entre un médicane et une tempête ? Est-ce qu’une telle intensité du phénomène est normale ? Faut-il craindre plus de médicanes violents à l’heure du changement climatique ? 20 Minutes fait le point avec Sabrina Speich, professeure de géoscience à l’ENS de Paris.

C’est quoi la différence entre une tempête et un « médicane » ?

« Tout dépend de la force de l’intensité des vents », lance Sabrina Speich. En se basant sur l’échelle de Beaufort, une tempête correspond à une dépression accompagnée de vents compris entre 89 et 102 km/h, avec des rafales qui dépassent 110 km/h, selon Météo-France. Mais quand cette tempête passe au-dessus d’une Méditerranée chaude, « l’air se réchauffe, par convection et par évaporation », décrypte la professeure de géosciences, spécialisée dans l’étude des phénomènes météorologiques liés aux océans. Or, plus l’eau de la Méditerranée est chaude, plus elle a une grande « quantité d’énergie ».

Et quand, une fois montée dans l’atmosphère, « la vapeur d’eau devient gouttelettes, elle relâche de l’énergie », détaille-t-elle. « On se retrouve avec des tempêtes plus énergiques et plus précipitantes », d’où l’idée d’une tempête qui se serait « rechargée » au-dessus de la mer. « On commence à s’approcher de l’intensité des cyclones tropicaux », précise Sabrina Speich, dont le médicane possède certaines caractéristiques, observe Météo-France. « Cette année, la Méditerranée a été cinq degrés plus chaude que d’habitude pendant plusieurs mois », expose la spécialiste des océans. Et dans le cas de la tempête Daniel, « il y a eu un apport d’air froid des Balkans qui a créé une situation cyclonique » tout en repoussant la dépression vers la mer chaude.

Une tempête d’une telle intensité et qui parcourt autant de distance, est-ce normal ?

D’abord la Grèce, puis une remontée vers le nord-est et le littoral de la mer Noire en Bulgarie, pour redescendre vers la Turquie avant de traverser la Méditerranée vers le sud. La tempête Daniel a parcouru du chemin avant de fondre sur Derna. « Une tempête, ça se déplace », pose d’emblée Sabrina Speich. Mais « ce qui n’est pas classique, c’est cette forte intensification de la perturbation », qui, après avoir été « alimentée par l’air des Balkans », s’est chargée en eaux précipitantes lors de son trajet au-dessus de la Méditerranée.

« Le régime de précipitations en train de changer », observe l’experte des océans. « La Méditerranée est un bassin d’évaporation », ce qui limite généralement les précipitations sur ses côtes l’été, explique-t-elle, mais si « les précipitations sont moins importantes sur l’année, les précipitations extrêmes augmentent en fréquence » au fil des ans. Un phénomène clairement relié au changement climatique pour la professeure de géosciences.

Est-ce qu’il y a un risque de voir plus de médicanes avec les effets du réchauffement climatique ?

Parmi la cascade de records de températures battus tout au long de l’été, celui-là est passé presque inaperçu. Les 28,71 °C atteints fin juillet dans les eaux de la Méditerranée confirment pourtant une inquiétante tendance de fond : la mer du Milieu se réchauffe rapidement. Et « elle va encore se réchauffer », prévient Sabrina Speich, rendant les médicanes « encore plus intenses et peut-être plus fréquents ». Cette tendance « avait été projetée et on l’observe », souligne-t-elle. Pire, si les tempêtes prennent en force à « un rythme graduel normalement, ces dernières années on a vu une augmentation de l’intensité très rapide » lors de certains épisodes.

Problème : « les modèles ont du mal à suivre » face à cet emballement, alors que « les prévisions sont la clé » pour mettre en place des politiques d’adaptation et des réponses efficaces en cas de catastrophes. Une piste d’amélioration serait d’intégrer plus de données issues des océans dans les modèles, mais ces observations « ne sont pas financées par l’Etat aujourd’hui ». Plus largement, « les Etats doivent agir de manière intense et rapide pour les émissions de CO2 et limiter le réchauffement climatique. Il faut mettre en œuvre un changement structurel », martèle la spécialiste des océans.

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